Il y a des concerts qui dépassent largement le simple cadre d'une soirée de musique. Ils réveillent des souvenirs, ravivent des émotions et nous replongent instantanément plusieurs décennies en arrière.
Le 30 juin 2026, au Transbordeur de Lyon, assister à la tournée "Chaos across Europe MMXXVI" des frangins Cavalera n'était donc pas un concert comme les autres. Cette tournée célèbre l'un des albums les plus marquants de l'histoire du metal : "Chaos A.D.", un disque qui, à son époque, a profondément redéfini le son de Sepultura et marqué toute une génération de fans.
Pour ma part, l'émotion était d'autant plus forte puisque j'avais vu Sepultura sur scène pour la toute première fois le 17 novembre 1993 à Grenoble, précisément lors de la tournée promotionnelle de "Chaos A.D."... Plus de trente ans plus tard, voir Max Cavalera et Igor Cavalera faire revivre cet album mythique, dans son intégralité, avait un goût de voyage dans le temps.
Bien plus qu'un simple exercice nostalgique, cette tournée est une véritable célébration d'un disque devenu culte, dont la puissance et l'actualité n'ont rien perdu de leur force. Autant dire qu'en arrivant au Transbordeur, l'impatience était immense. Restait à savoir si les frères Cavalera allaient réussir à recréer la magie de cette époque... et à faire honneur à un album qui, pour beaucoup d'entre nous, représente bien plus qu'une simple collection de morceaux.
Dès l'extinction des lumières, une immense ovation accueille l'arrivée de Max et Igor Cavalera. Le public du Transbordeur est déjà en fusion, conscient d'assister à une célébration légendaire. Sans la moindre introduction superflue, les premières sirènes retentissent avant que "Refuse/Resist" ne déclenche instantanément un véritable séisme dans la salle. Le son est massif, la batterie d'Igor est toujours aussi écrasante et Max, malgré les années, conserve cette voix si caractéristique qui donne à chaque morceau une intensité brute. Dès les premiers riffs, les headbangs se multiplient jusque dans les derniers rangs.
Sans laisser le public reprendre son souffle, "Slave New World" enfonce le clou. Plus agressif que jamais, le morceau rappelle à quel point Chaos A.D. avait révolutionné le thrash metal en y injectant un groove irrésistible. La communion entre le groupe et le public est totale ; chaque refrain est repris à pleins poumons.
L'atmosphère devient ensuite plus lourde avec "Amen", dont les rythmiques écrasantes prennent une dimension presque hypnotique en live. Les musiciens affichent une précision remarquable tandis que Max harangue constamment la foule, visiblement heureux de constater que ces chansons n'ont rien perdu de leur impact. Puis vient "Propaganda", véritable déflagration qui transforme le Transbordeur en champ de bataille et la fosse ne cesse de bouillonner. Impossible de rester immobile face à une telle démonstration de puissance !
Avec "Nomad", le groupe met en avant toute la richesse de l'album. Les influences tribales prennent ici une ampleur incroyable grâce au jeu toujours aussi impressionnant d'Igor, véritable métronome capable d'alterner puissance et finesse avec une facilité déconcertante.
Le groove irrésistible de "Manifest" fait immédiatement mouche. Son refrain est repris par une salle entière qui semble connaître chaque parole. L'énergie dégagée est tout simplement phénoménale et l'on mesure une nouvelle fois combien cet album demeure intemporel.
Puis arrive "The Hunt". Plus mélodique mais tout aussi intense, la reprise de New Model Army apporte une respiration bienvenue sans faire retomber la tension. Au contraire, elle démontre toute la diversité musicale de Chaos A.D.
Le silence s'installe quelques instants lorsque débute "Kaiowas". Entièrement instrumental, ce morceau acoustique crée une parenthèse presque spirituelle. A la demande de Max, smartphone allumé, chacun participe à cette composition inspirée de la culture brésilienne dans un beau moment de partage et d'émotion.
Mais la violence reprend immédiatement ses droits avec "Clenched Fist", interprété dans une rage intacte. Les riffs claquent, la batterie martèle chaque mesure et Max délivre son chant avec une conviction impressionnante. Le groupe enchaine avec "We Who Are Not as Others". Plus de trente ans après sa sortie, le morceau conserve ici toute sa force.
Le rythme s'accélère encore avec "Biotech Is Godzilla", véritable bombe de moins de deux minutes qui déclenche un nouveau déchaînement dans la fosse. Impossible de ne pas sourire devant l'enthousiasme communicatif des frangins, manifestement ravis de replonger dans cette période. Puis vient "Polícia", également courte mais terriblement efficace, transformant une nouvelle fois la salle en immense chaos organisé !
Pour conclure cette soirée déjà exceptionnelle, le groupe offre en rappel, deux hymnes absolument incontournables. "Territory" qui provoque une explosion indescriptible dès les premières notes. Le Transbordeur chante chaque parole d'une seule voix tandis que la fosse atteint son paroxysme. L'énergie qui se dégage de cette interprétation est tout simplement renversante.
Suivi de "Chaos B.C." qui vient refermer cette parenthèse hors du temps dans une ambiance apocalyptique. Ultime décharge d'adrénaline, ultime communion entre le groupe et son public, le morceau laisse derrière lui des sourires immenses, des corps épuisés et la sensation d'avoir assisté à bien plus qu'un simple concert.
Pour ceux qui, comme moi, avaient découvert Sepultura lors de la tournée Chaos A.D. en 1993, cette soirée avait une dimension émotionnelle toute particulière. Plus de trente ans plus tard, retrouver ces morceaux interprétés avec une telle fougue était un privilège rare. Un concert monumental, porté par deux légendes qui prouvent, une fois encore, que certaines œuvres traversent les décennies sans prendre la moindre ride.
S'il fallait formuler un seul regret, il concernerait finalement la durée du concert. Avec seulement 1 h 15 de prestation, cette soirée exceptionnelle a laissé un léger goût de trop peu. Il aurait sans doute été plus judicieux d'intégrer "Territory" et "Chaos B.C." à la setlist principale, avant d'offrir un véritable rappel composé de deux ou trois autres classiques puisés dans l'immense discographie de Sepultura. Une frustration toute relative, tant la qualité de la prestation fut irréprochable, mais qui aurait permis de conclure cette célébration de Chaos A.D. de la plus belle des manières.

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